Le bercement soulage le fardeau émotionnel de la démence chez les aînés

Le bercement peut être un complément important aux programmes de thérapie des centres de soins de longue durée. Selon une étude clinique auprès d’une clientèle en perte d’autonomie, l’utilisation fréquente d’un fauteuil berçant améliore l’équilibre et la circulation du sang, réduit la douleur musculaire, et diminue l’anxiété et la dépression.

Vous trouverez ci-dessous une traduction de l’article « As Elders Rock, Emotional Burden of Dementia Eases » du 27 avril 1998 paru sur le site de l’université de Rochester.

« Un stéréotype bien connu décrit des personnes âgées se berçant avec satisfaction sur leur véranda », mentionne Nancy Watson, chercheuse à l’University of Rochester School of Nursing. « Il s’avère que cette activité apporte réellement plus de tranquillité d’esprit à beaucoup de gens ».

« Il a été très bien documenté qu’un doux mouvement répétitif procure un effet apaisant auprès des nourrissons. Nous avons démontré que la même chose est vraie chez une population âgée souffrant de détresse émotionnelle. »

Dans une étude financée par le New York State Department of Health, Watson a étudié 25 résidents d’un centre de soins de longue durée avec un diagnostic de démence, soit en raison de la maladie d’Alzheimer ou d’autres causes. Les infirmières du centre Kirkhaven à Rochester ont étroitement étudié le comportement des résidents pendant six semaines durant lesquelles ils ont pu se bercer. Elles ont ensuite comparé leur comportement pendant six semaines alors que le mécanisme de bascule sur les chaises a été désactivé.

Pendant les semaines qu’ils se berçaient, la plupart des résidents ont bénéficié d’une amélioration de leur bien-être psychologique et émotionnel, selon Watson, une assistante-professeure à l’école de soins infirmiers de l’université et une experte en recherche infirmière gérontologique, un domaine où l’université se classe dans le top 10 au niveau national.

« Tout de suite, le personnel soignant a remarqué l’effet le plus dramatique : la chaise berçante pouvait calmer un résident lorsqu’il ou elle était en détresse émotionnelle. Un aide soignant aidait le résident à s’asseoir et se bercer dans la chaise, et le patient se calmait immédiatement. »

Dans l’étude, les résidents se sont bercés entre une demi-heure et deux heures et demie par jour pour cinq jours par semaine. Si une amélioration n’a pas été constatée chez tous les résidents, elle a été plus marquée chez ceux qui se sont bercés le plus souvent, selon Watson. « Plus ils se berçaient, et mieux ils se sentaient. »

Des comportements comme les pleurs ou expressions d’anxiété, de tension ou de dépression ont diminué légèrement jusqu’à près d’un tiers chez 11 patients, parmi lesquels 10 se berçaient plus de 80 minutes par jour.

Plusieurs patients ont également demandé moins de médicaments contre la douleur pendant les semaines où ils se sont bercés, selon Watson ; généralement, ceux qui se sont bercés le plus demandaient des médicaments moins souvent, la réduction s’exprimant de façon très légère à deux ou trois moins de demandes par semaine. Les patients qui se sont bercés le moins ont demandé au moins autant médicaments contre la douleur, et parfois plus.

Ceux qui se sont bercés le plus assidument ont également amélioré leur équilibre, un souci important chez une population âgée, où une chute mène souvent à une réduction drastique de la qualité de vie. Watson croit qu’il est possible que le mouvement de bercement doux aide à stimuler le système vestibulaire des résidents, qui permet de maintenir l’équilibre.

Les résidents utilisaient des fauteuils oscillants qui fonctionnent comme des chaises berçantes traditionnelles, tout en ayant une base stable et immobile et offrant une mouvement doux de va-et-vient. Des préposés introduisaient graduellement les résidents aux fauteuils, en les encourageant à se bercer mais sans les forcer.

Les chercheuses associées à Nancy Watson étaient Mary Hauptmann, directrice de soins à Kirkhaven, et Carol Brink, professeure associée en soins cliniques à l’université. Ont aussi pris part à l’étude Bethel Powers, professeure associée en soins ; Eileen Root Taillie, directrice de projet ; Margaret Lash, infirmière de projet ; et l’infirmière-chercheure Thelma Wells, précédemment de l’université de Rochester et maintenant à l’université du Wisconsin.

Selon Watson, le personnel du centre de soins de longue durée, ainsi que les proches des résidents qui semblaient plus heureux et moins anxieux ont démontré beaucoup d’intérêt envers l’étude. Elle croit que la thérapie du bercement pourrait devenir un traitement important pour les 1,6 millions de personnes qui résident dans les centres de soins de longue durée aux États-Unis, dont plus de la moitié souffre d’une forme ou d’une autre de démence.

« Le bercement offre une forme douce d’exercice pour ces personnes », indique Watson. « Il serait difficile d’amener chaque résident faire une promenade, par exemple, mais les résidents peuvent se bercer par eux-mêmes, et plusieurs d’entre eux sont heureux de le faire, avec un peu d’encouragement. Il s’agit d’un moyen facile d’améliorer la qualité de vie des résidents de centres de soins de longue durée. »

WATSON, NANCY M., PhD, RN: Rocking chair therapy for dementia patients: Its effect on psychosocial well being and balance. November/December 1998; 13(6): 296-308. (Joint authors: Cox, C.; Wells, T.J.)

Le 7 septembre 2012